Le réel et l’imaginaire en politique dans la science et dans l’art

Mars 2004

Le XX è siècle aura été le siècle de tous les paradoxes. L’exaltation de l’imagination et la poussée des techniques de l’image au moment même où le réel s’imposait comme critère suprême de toute action n’est pas des moindres. Ce siècle aura maintenu jusqu’au paroxysme le double primat de l’intelligence des choses et de leur transfiguration ; romantisme de la fidélité au réel et de son dépassement.

reel

Pour résoudre les problèmes sociaux immenses que l’humanité  affronte un espoir démesuré fut placé dans la science et dans la technique dans l’analyse de la chose économique et financière ce qui a permis de réaliser des progrès fantastiques  inimaginables un ou deux siècles plus tôt. Être réaliste fut dès lors perçu comme le signe de la « prudence » et de la sagesse. Jamais les bureaux d’étude n’auront mis en lumière autant de données précieuses aux Etats et aux responsables politiques.

Certes l’imaginaire grâce entre autres aux révolutions dadaïste et surréaliste a non seulement  transfiguré l’art mais débordé sur le champ de l’acte. Des penseurs de grande envergure comme Bachelard et Merleau-Ponty en France n’ont cessé de donner à l’imagination un statut de tout premier plan. Et ce n’est pas par hasard que Sartre Après avoir écrit « L’imagination » a consacré un bel essai à « L’imaginaire ».

Mais nous savons aujourd’hui que le réalisme le plus authentique ne saurait tourner le dos à l’imagination et que personne n’oserait plus la qualifier comme Malebranche de « folle du logis ». C’est plutôt la réciprocité de perspective entre réel et imaginaire qui nous paraît constitutive du génie humain. Point n’est donc besoin de remonter au schématisme transcendantal de Kant pour penser que le réel est d’emblée le fruit d’un travail permanent que l’imagination exerce sur lui.

Imaginer c’est ce que l’homme n’a jamais cessé de faire. Sans les utopies politiques jamais le gouvernement des hommes n’aurait pu progresser. L’idéal souvent jugé irréaliste sur le moment s’avère plus dynamique qu’une pensée collée d’une manière servile au quotidien.  Et finalement peu importe que les analyses de Marx soient aujourd’hui remises en cause voire discréditées ; il reste qu’elles auront servi par leur représentation d’un avenir social radieux à donner à l’humanité tout au long d’un siècle des orientations majeures des raisons de combattre guidées par les idéaux de la Révolution ou de la société sans classes.

C’est un truisme que de penser l’art en termes d’imagination. Les visions les plus imprévues et les plus « irréelles » d’un Picasso d’un Salvador Dali auront donné à l’expression artistique une envergure que le réalisme n’aurait jamais pu impulser. Même la photographie et le cinéma ont fini par trouver dans l’imagination des voies de dépassement qui ont radicalement bouleversé notre perception du réel.

Quant à la science nous savons depuis Einstein Louis de Broglie et Oppenheimer que c’est le sentiment du beau et du simple qui permet à la théorie scientifique de trouver un chemin pour repenser le réel et le réorganiser. Les savants s’en sont  donnés à cœur joie  pour penser le big bang les origines de la vie et ce que fut le monde en l’absence même de l’homme.

Aujourd’hui plus qu’à tout autre moment de l’histoire humaine nous pouvons dire que le réel n’est rien sans l’imaginaire et que l’imaginaire n’aurait aucun impact sans un réel sur lequel il s’appuie.

Pour approfondir cette problématique nous nous proposons de rassembler l’espace d’une semaine une vingtaine de penseurs de haut niveau pour approfondir les trois sujets suivants :

-         l’utopie politique

-         les projections scientifiques

-         l’imagination créatrice.

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